Ancien des Beaux-arts de Kinshasa et de la Haute École des Arts du Rhin de Strasbourg, Eddy Ekete, l’auteur de l’œuvre emblématique « Hommes canettes », expose cette fois-ci ses œuvres au salon international des arts premiers et asiatiques, au quartier des Beaux-Arts à la Galerie Frédéric Moisan de Saint-Germain-des-Près, 6e arrondissement à Paris, dans le cadre de Parcours des Mondes 2016.

Il fait très chaud. Tout ne semble pas dormir à la Semencerie : le hangar reconverti en atelier d’arts et est situé à quelques encablures de la gare de Strasbourg. La Semencerie est mouvementée en ce jour. Les discussions s’enchaînent. Malgré cela tout le monde vaque à ses occupations. On entend les bruits des marteaux dans ce lieu fréquenté par une trentaine d’artistes. C’est là-bas qu’Eddy Ekete, diplômé de l’Académie des Beaux-arts de Kinshasa et de la Haute École des Arts du Rhin de Strasbourg, réalise ses sculptures. Eddy Ekete, c’est aussi l’initiateur du projet Kinact, une rencontre internationale de performeurs strasbourgeois et congolais, dont la première édition s’est tenue en 2015 dans les rues de Kinshasa ‘Kin-la-belle’, mégapole de dix millions d’habitants, capitale du Congo démocratique.

Sous un soleil de plomb, à quelques pas de la Semencerie, des jeunes du quartier de la Gare font des grillades. Les barbecues organisés, on les compte en nombre important durant cette période d’été dans le quartier. Les poubelles à cet endroit sont pleines d’objets. Eddy observe, écoute et enregistre. C’est en se fiant à ses trois stades que l’artiste réalise ses œuvres. «Je voulais parler de la consommation en Europe. J’ai remarqué que les gens mangent beaucoup. Je compte réaliser une œuvre qui va parler de tous les consommateurs sur la planète terre. Bref, je voulais mettre un accent particulier sur les consommateurs à outrance qui existent en France. Mon tableau va s’intituler la prière du goinfre», confie-t-il.

« La prière du goinfre » est un assemblage de l’acrylique, la peinture à huile et de la technique de collage. Sans oublier les couleurs de la société que sont les emballages, les journaux, les papiers qui trainent dans les rues strasbourgeoises, renseigne l’artiste diplômé de la Haute École des Arts du Rhin de Strasbourg.

À la sortie de ses études académiques à Kinshasa, Eddy s’est posé la question cruciale de connaitre le rôle social et urbain de l’artiste. Il constate que la capitale de son pays est parsemée des déchets. À travers Kinshasa grouillant de monde, l’artiste voit la RDC un pays d’une grande vitalité culturelle, d’autant que cette ville est une mégapole où foisonne une créativité artistique indescriptible. « L’idée était de récupérer des déchets et d’en faire usage artistiquement. Il fallait trouver les assemblages, trouver les moyens pour arriver à travailler avec ces objets recyclables. Ça m’a pris beaucoup de temps de réflexion, de voir qu’est-ce je peux faire, qu’est-ce je ne peux pas faire dans cette ville. Alors je me demandais comment je pouvais à ma façon nettoyer les rues de la capitale congolaise », dit-il en souriant.

À peine débarqué sur le vieux continent, Eddy Ekete remarque aussi qu’il y a des déchets qui traînent dans certaines rues d’Europe. Même si ce n’est pas le même type de déchets que l’on retrouve dans les poubelles ou les rues de Kinshasa. Toutes ces situations inspirent beaucoup l’artiste. La démarche de l’artiste est centrée sur la société, les faits sociaux et les problèmes sociaux. « C’est la simplicité aussi dans ce que l’on fait qui fait que ma démarche peut changer vu que les gens, les choses changent, donc elle peut changer. Mon travail est toujours en mutation. Ma démarche est axée sur la liberté, sur la pensée de la matière et des formes, et surtout sur notre société. Je me concentre beaucoup sur le travail de réflexion sur la ville. Comment concevoir avec rien quelque chose qui va parler aux gens… »

Eddy Ekete essaie de s’adapter avec l’environnement et sa propre personne. Il est en accord avec tout ce qui a trait à l’écologie pour arriver à réaliser une œuvre d’art. L’artiste maîtrise parfaitement la technique de la sculpture en métal et la peinture. Il est curieux d’expérimenter d’autres matières qui fassent davantage écho à l’actualité de chacun. Patou Nsimba, Strasbourg

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