Depuis quelques années, les églises dites “de réveil spirituel” pullulent en Belgique et deviennent pour un grand nombre d’Africains et Africaines en quête des solutions à leurs problèmes des lieux les plus fréquentés.

Chaussures en daim, chemises à carreaux et costume dernier cri, monsieur le pasteur, un homme peu scrupuleux, la cinquantaine révolue, s’adresse à ses fidèles assoiffés de la parole divine, venus nombreux ce dimanche dans son église quelque part à Bruxelles, la capitale belge. « L’élu de Nazareth », comme l’appellent ses fidèles, est ressortissant de la République Démocratique du Congo d’où il est parti il y a quelque vingt ans. Son discours, promettant guérisons et miracles ou guérisons-miracles, est très ferme et captive ses nombreux fidèles. « Venez vers Christ vous tous qui êtes fatigués des problèmes. Le salut ne provient que de l’Eternel des armées, la Bible nous le dit. Le mariage vient bientôt. La régularisation aussi. Tout problème trouvera solution ! Ne ratez pas cette occasion, saisissez l’opportunité. Ta vie va changer ; elle doit changer en ce jour. Amen !… », profère-t-il aux fidèles. Les belles paroles font rêver plus d’un.

Le miracle du mariage

En pleine prière, des fidèles implorent le nom de JesusPour la plupart, les adeptes du « bishop » sont originaires de la RCA, du Cameroun, du Gabon, du Congo-Brazzaville et de la RDC, une des communautés d’Afrique en nombre important séjournant en Belgique. Les fanatiques de « l’élu de Nazareth » préfèrent cette église de réveil qui leur apporte des solutions à leurs divers problèmes. Et pour certains, les « miracles »  s’accomplissent. Nadine en est un exemple : « J’ai rencontré mon âme sœur à l’église. Auparavant je vivais avec un homme qui ne m’avait jamais porté dans son cœur, et un beau jour, j’ai rencontré Jacques à l’église. Il revenait de l’Angola. Nous nous sommes mariés depuis. Jacques et moi vivons en parfaite harmonie », enchante-t-elle.

Pendant que Nadine semble avoir trouvé âme sœur à l’église, pour d’autres, souvent les plus nombreux, cette rencontre s’est transformée en une douloureuse épreuve, la fréquentation de l’église ayant été à la base de leurs déboires en amour. « L’église m’a beaucoup déçu. Je suis tombé sur une espiègle qui était venue vers moi avec des belles paroles, une tendresse mesquine, dans le but de régulariser sa situation de séjour illégal. Une fois son titre séjour officiel obtenu, je me suis rendu compte qu’elle n’avait aucun projet de vie commun. Quelque temps après, la demoiselle avait filé comme un éclair », regrette Papy Mabonza (nom d’emprunt), habitant la ville belge d’Alost.

Mariage en gris et en blanc

À Cocody, les fidèles de l’EERI sont sorties massivement pour prendre part au camp de retraite, le 26 aout 2016.© Ph. DEn Belgique, on parle de mariage gris lorsqu’une personne en situation régulière, qui se marie avec une autre, en situation irrégulière, est trompée. Dans ce cas, Il doit y avoir une procédure en annulation de mariage faite par l’époux(se) trompé(e) ou initiée par le procureur, pour considérer que le mariage n’a jamais existé du tout , explique Maitre Cécile Ghymers, avocate au barreau de Bruxelles.

Un mariage en blanc se réalise : « Quand un mariage a été fait uniquement dans le but de régulariser la situation administrative de son faux conjoint ou de sa fausse conjointe, affirme-t-elle. Les conséquences judiciaires et administratives dans un tel cas sont prévisibles. Une procédure pénale pour faux mariage peut entrainer de la prison, parce que c’est un délit dans la loi pénale belge », conclut l’avocate au barreau de Bruxelles.

Malentendu

Interrogé sur la question des « mariages miracles », le pasteur pentecôtiste se défend : « Nous ne sommes pas autorisés à marier les gens à l’église. Mais pour autant, tomber sur une âme sœur à l’église n’est pas un problème. Un coup de cœur peut s’annoncer à l’église et après viendra la régularisation de la situation à la commune. En même temps, il rappelle que la tradition africaine n’est pas reconnue sur le sol belge, où les lois sont différentes.  En Afrique, le mariage n’est pas d’abord une affaire de la commune, mais plutôt de la famille premièrement. Sans mariage coutumier, il n’y a pas de mariage civil. En Belgique, ca se passe à l’envers. »

Pour Jacques Mvuama (nom d’emprunt) ces explications viennent trop tard. Il ne mâche pas ses mots en racontant comment son miracle amoureux a tourné au vinaigre: « Je l’ai rencontrée à l’église. Elle est partie dès qu’elle avait obtenu son titre de séjour. » Sa voix tremble. Le rêve brisé de l’un fait le bonheur de l’autre. (Par Patou Nsimba)

 

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